Amis Allemands souvenez-vous : il y a 60 ans, se tenait la Conférence de Londres au cours de laquelle les créanciers de votre pays ont accepté d’effacer la moitié- je dis bien 50% – de vos dettes.

Conclu en Aout 1953 entre la RFA et certains de ses créditeurs (dont : Belgique, Canada, Danemark, France, Grèce, Iran, Irlande, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Norvège, Pakistan, Espagne, Suède, Suisse, Afrique du Sud, USA, Yougoslavie, UK – mais aucun Etats du bloc de l’Est) il portait sur deux tranches de dettes:
- d’une part 16 milliards de Marks (soit 2 à 3 points de PIB à l’époque) résultant du traité de Versailles, sur lesquelles l’Allemagne avait fait défaut dans les années 30, dû aux USA, à la France et au Royaume Uni.
- d’autre part, 16 milliards prêtés par les USA après la seconde guerre mondiale.

Il a permis la réduction de plus de 50% du montant des dettes de l’Allemagne , la RFA n’ayant plus qu’a repayer 15 milliards sur 30 ans. Les derniers versements sont intervenus après la réunification.

Rappeler ces évènements après les années de crise de la dette souveraine improprement appelée crise de l’Euro que nous venons de vivre- et dont nous ne sommes pas encore vraiment sorti – n’est peut être pas sans intérêt.

A condition qu’il n’y ait pas de malentendu.

Pas de malentendu d’abord sur la pertinence et l’utilité de l’accord de Londres: ceux qui l’on souscrit ont fait preuve de sagesse et d’intelligence pour l’avenir. Ils n’ont pas misé a perte : la preuve en est faite aujourd’hui. Pas de malentendu non plus sur la nature de cette énorme remise : elle n’était assortie d’aucune obligation matérielle ou morale dans le futur pour le bénéficiaire. Il s’agissait simplement d’aider à la reconstruction de l’Allemagne, à l’inverse des erreurs catastrophiques commises entre les deux guerres.
Alors pourquoi en reparler ?

Tout simplement, parce qu’au cours des cinq dernières années, le principal obstacle a la mise en place de mécanismes de sauvetage de l’Euro- comme l’on dit pour faire court – ou le règlement de la problématique des dettes souveraines- comme l’on dit aussi- a été et reste la crainte et le refus de l’opinion allemande de payer pour les autres. Largement relayé par le gouvernement allemand en campagne électorale, qu’il ‘agisse de la chancelière ou du ministre des finances, ce refus et cette forte réticence ont considérablement compliqué, voire empêché la mise en place rapide de mécanismes de soutient par l’ Eurogroupe et la BCE. Il aura fallu beaucoup de temps pour la mise en place du MES et des dizaine et des dizaine de milliards d’Euro envolés avant que M Trichet ne se résolve a intervenir sur le marché secondaire des obligations d’état, avant que M Draghi, enfin, prenne les choses en main avec réalisme et efficacité par delà le conservatisme monétaire qui caractérise notre continent.

Je ne sais si le bilan du cout de ces réticences et de ces lenteurs a été chiffré, mais je crois pouvoir dire qu’il est énorme. Si on y ajoute le déficit de croissance européen consécutif a l’austérité budgétaire imposé aux états par la Commission Européenne sous impulsion allemande, il est a coup sur gigantesque.Un des économistes en chef de la CEE vient de publier une étude sur ce gap de croissance lié l’austérité budgétaire, pays par pays : le résultat est hallucinant, surtout si on le traduit en terme d’emplois.

Mais plus encore que les milliards perdus et les taux de chômage insupportables, c’est la confiance dans la construction européenne qui fait les frais de cette politique malthusienne. Quasiment partout, les voyants ont viré au rouge.

Alors ? A quand une parité de l’ Euro compatible avec un meilleur taux de croissance ? A quand un budget européen digne d’un véritable élan communautaire ? A quand une éventuelle mutualisation partielle de la dette ? A quand les euro bonds de l’espérance  pour booster l’investissement, la croissance et l’emploi ?
Prenons garde : les désillusions sont les dépressions ou naissent les typhons et les ouragans. Il serait temps que celles et ceux a qui échoient la responsabilité du présent et de l’avenir s’en souviennent.