Fixé par un calcul fondé sur l’inflation hors tabac et le taux auquel les banques se prêtent de l’argent (Euribor trois mois), le taux de rémunération du livret A devrait passer à 4 % en février, contre 3 % actuellement. Si tel était le cas, le taux du livret A atteindrait son plus haut niveau depuis plus de vingt ans. La Banque de France pourrait toutefois invoquer des circonstances exceptionnelles sur les marchés financiers pour formuler une recommandation bien moindre. La décision finale sera prise, ces jours-ci, par Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, qui, en décembre, avait déjà évoqué la possibilité de neutraliser le calcul automatique du taux du livret A. Le député PS Henri Emmanuelli s’y oppose fortement.
Etes-vous favorable à une stricte application du calcul qui pourrait porter le taux du livret A à 4 % ?
Henri Emmanuelli. Oui, le contraire serait extravagant. En 2004, l’ancienne majorité, qui est la même que la majorité actuelle, estimait qu’il fallait retirer au pouvoir politique le droit d’augmenter ou de baisser le taux du livret A pour mettre en place une formule objective. Et aujourd’hui, après avoir dessaisi le politique, et parce que ce mécanisme qu’ils ont mis en place est défavorable, ils disent : « Ah ! mais il y a des circonstances exceptionnelles. »
Mais cela n’a pas encore été dit...
Oui, mais s’ils le disaient, ce serait incompréhensible. Quant aux circonstances exceptionnelles auxquelles Mme Lagarde a déjà fait référence, c’est la crainte de voir une juste rémunération de l’épargne populaire se faire au détriment de la consommation. En inversant son raisonnement, cela voudrait dire qu’il ne faut pas rémunérer l’épargne populaire pour que les gens n’épargnent plus et qu’ils consomment. Ce n’est pas ce qu’elle a dit à ceux qui payent l’ISF à qui, au contraire, elle a fait de gros cadeaux. La petite épargne a droit à la prise en compte de l’inflation pour ne pas être dépouillée.
Avec un taux à 4 %, le financement du logement social ne serait-il pas plombé ?
Ça, c’est l’argument de l’Etat, mais il faut savoir que, sur un logement HLM construit, l’Etat encaisse plus qu’il ne donne. Il donnait 3 000 € il y a quelques années. Aujourd’hui, il ne donne plus que 1 500 € et prend la TVA à 5,5 %. Donc, si l’Etat considère que le taux de financement du logement social ne doit pas augmenter, qu’il fasse un effort sur la TVA. Au cas où Mme Lagarde n’y aurait pas pensé, je lui suggère cette solution.